La dernière ligne droite…
A quelques mois du passage à l'euro et aux 35 heures pour les entreprises de moins de 20 salariés, le constat est mitigé. Plus que des questions relatives à leur mise en place, les professionnels appréhendent des difficultés liées aux conséquences de leur application.
Ces inquiétudes expliquent sans doute des retards dans la préparation de la part des dirigeants des PME, TPE et des commerçants du département, en dépit de nombreuses actions de sensibilisation menées par les syndicats professionnels, la Chambre des Métiers et la Chambre de Commerce et d'Industrie Nice Côte d'Azur.
L'arrivée de l'automne devrait inverser cette tendance. Car le temps presse. L'heure doit être à la mobilisation.
Difficile de ne pas percevoir, lorsqu'on évoque le passage aux 35 heures, le mécontentement des chefs d'entreprise et leurs inquiétudes. Il faut dire que les témoignages des dirigeants des entreprises de plus de 20 salariés ne sont pas faits pour les rassurer.
Ainsi, Bernard Franco, PDG de la société Matest, une PME mentonnaise de plus de 100 salariés spécialisée dans la pièce détachée de store, ne mâche pas ses mots : " Personne n'a été content de cette loi. Ni les salariés qui ont dû travailler moins et donc gagner moins, ni les dirigeants qui ont perdu en compétitivité. Au départ, se souvient-il, les salariés ne voulaient même pas entendre parler des repos compensateurs. Par ailleurs, pour ne pas réduire encore la participation, nous n'avons pas embauché mais mécanisé. À terme, conclut Bernard Franco, cette loi risque d'accélérer le phénomène de la délocalisation et donc la baisse de l'emploi en France. Notre concurrent direct, numéro 1 mondial sur le marché, est français mais développe sa production en Espagne et au Portugal !" Conscients d'être victime d'une mesure politicienne, les dirigeants de PME ont cependant commencé à se préparer, certains ayant même anticipé l'échéance. C'est le cas, par exemple, de la Boîte à Pâtes, une société basée à Vallauris.
Un surcoût de 120.000 F par an
" Estimant l'accord de branche mal adapté, nous avons préféré négocier en interne ", souligne son gérant Thierry Durand qui possède également une société de négoce, Italprestige. Une partie des salariés ont un contrat à 39 heures, une autre à 35 heures. " Si j'avais appliqué l'accord de branche, les salariés à 35 heures n'auraient vu aucun avantage. Or la motivation est quelque chose d'essentiel pour la bonne santé d'une entreprise. Nous nous sommes donc beaucoup investis pour que la mise en place des 35 heures ne pénalise personne".
6 mois de préparation, l'aide d'un cabinet-conseil et de multiples réunions entre les représentants syndicaux et les dirigeants ont permis de dégager un accord.
" Tous les contrats sont ramenés à 35 heures avec attribution d'une compensation pour le temps d'habillage et de pause ". Pour l'heure, Thierry Durand estime que cet accord représente un coût supplémentaire de 120 000 francs par an pour la société qui n'a pas embauché : "j'espère compenser cette perte par une meilleure productivité".
" Pour nous, la loi ne va rien changer "
Dans le secteur du commerce et des services de proximité, la préparation aux 35 heures est également à l'ordre du jour même si la plupart ne se sentent pas concernés. Il faut dire que dans ce secteur, nombre d'entreprises sont familiales et le temps de travail n'est pas une préoccupation majeure. Elue de la CCI Nice Côte d'Azur, Alexie Parkessian Navarro fait partie des 1 500 commerces non sédentaires est également résume ainsi la situation: "Nous ne serons pas touchés par les 35 heures, car 99 % des adhérents de notre syndicat travaillent en famille".
Point de vue partagé par Brigitte Salussolia, membre du Conseil National des professions de l'Automobile (CNPA) et gérante de la station-service AGIP de la Roquette-sur-Siagne. " Pour les petites stations familiales comme la nôtre cela ne va rien changer ". Cependant, ajoute-t-elle, le CNPA a mis en place des réunions de sensibilisation sur le thème des 35 heures en direction de ses membres ainsi que des enquêtes d'information".
" Les 35 heures vont être très difficiles à appliquer dans notre métier "
Ce travail préparatoire se retrouve dans tous les secteurs du commerce, même si, sur le terrain, rien ne semble vraiment bouger. " Pour l'instant les négociations engagées au sein d'une commission paritaire, déclare Armand Lombard, président du Syndicat des Bouchers, laissent entrevoir une solution médiane. Les salariés travailleront 35 heures avec une marge d'heures supplémentaires adaptées et surtout une mensualisation avec introduction d'un repos compensateur. Cela peut être une solution car dans notre métier nous avons aussi des semaines creuses. La solution du temps partagé me semble, en revanche, inadaptée dans le commerce de détails car les clients aiment être servis par les mêmes personnes ".
L'embauche liée aux 35 heures, enfin, lui paraît une illusion. "90 % des 550 boucheries du département comptent moins de 3 salariés et beaucoup sont des entreprises familiales. Par ailleurs, comment les boucheries pourront-elles embaucher quand leur chiffre d'affaires n'évoluera pas ?"
Des problèmes de recrutement en perspective
Patrick Fleury, fait partie des 500 boulangers-pâtissiers du département, préfère, quant à lui, mettre l'accent sur la difficulté de recrutement. " Le défi va être de trouver des salariés travaillant 35 heures payés 35 heures. Dans notre activité, les employés ont l'habitude de travailler 42 heures et d'être payés en conséquence. Pour eux se sera un manque à gagner. Depuis le mois de mai, en dépit de nombreuses annonces, pour trois CDI à 35 heures, je n'ai reçu aucune réponse ".
L'euro, entre anticipation et attentisme
Dans ce contexte, le passage à l'euro paraît quelque peu occulté et la mobilisation sur le terrain reste faible en dépit de nombreuses actions menées par les syndicats et les institutionnels. L'explication ? Les préoccupations liées aux 35 heures mais aussi le fait que si l'euro représente la monnaie légale pour la France depuis le 1er janvier 1999, elle garde encore dans l'esprit du public un caractère abstrait. Car, s'il est possible de libeller ses chèques en euros depuis 1999, l'utilisation des pièces et des billets n'entrera officiellement en vigueur qu'au 1er janvier 2002.
Ce constat général recoupe pourtant des situations diverses. Si les grands groupes ont tous anticipé l'échéance, un travail de préparation est bel et bien entamé au niveau des PME, TPE et des commerçants même s'il n'est pas encore visible.
Les PME azuréennes, prêtes pour l'euro ?
Au niveau des PME, la préparation est certaine. "Nous établissons déjà nos factures en euro, ainsi que nos feuilles de salaire", déclare Bernard Franco, PDG de Matest.
La société de BTP Miraglia a quant à elle basculé la totalité de sa comptabilité en euro. "Nous avons profité, précise son directeur général, Daniel Alberti, de la clôture des comptes au 30 juin pour basculer. Ce travail implique une mobilisation importante en terme d'investissement hu-main, d'abord, avec le détachement d'une personne à temps plein chargée pendant un an de coordonner tous nos services et de définir les besoins. Investissement matériel ensuite, avec le changement de tous nos logiciels…
Cela n'a pas été simple, mais ce travail nous a permis de mettre notre fonctionnement à plat et de corriger ses dysfonctionnements. Le plus dur désormais est de maintenir des relations avec nos fournisseurs qui n'ont pas basculé. Ce double environnement franc et euro entraîne un surcoût de travail".
Thierry Durand, gérant de la Boîte à Pâtes et d'Italprestige compte pour sa part, basculer sa comptabilité en octobre. "Nous avons auparavant réalisé un audit interne pour mesurer l'ensemble des conséquences et établir un planning.
Comme pour les 35 heures, les investissements sont importants : formation du personnel, mise à jour des logiciels, des serveurs de carte bancaire, de l'étiquetage… Mais ce travail préparatoire est indispensable pour les sociétés qui seront en contact avec la clientèle et notamment lors des rendus de monnaie ".
Dans le secteur du commerce et des services de proximité, beaucoup se sont également préparés pour faire face à l'échéance notamment concernant cette question du rendu de monnaie. " Ce n'est pas tellement le passage à l'euro qui inquiète les commerçants mais plutôt les rendus de monnaies, confirme Armand Lombard. La simplicité aurait voulu que l'on passe à l'euro dès le 1er janvier sans période de double circulation. Pendant un mois et demi, nous allons devoir jongler avec deux monnaies ". Seconde préoccupation, la réaction des clients.
" L'euro va perturber une clientèle âgée qui risque de vérifier sa monnaie et de demander des explications ce qui signifie plus d'attente aux caisses. On peut donc redouter que la clientèle délaisse un peu le petit commerce pendant un certain temps".
Anticiper la réaction des clients
La réaction des clients est également la préoccupation de Patrick Fleury : " Outre la mise à niveau de la comptabilité et du matériel des caisses enregistreuses, ce que nous redoutons le plus est la réaction des clients dont une partie compte toujours en anciens francs. Nous voyons passer entre 100 à 600 personnes par jour. Imaginez si tout le monde compte et recompte à la caisse ! ". "Pour remédier à cette situation des convertisseurs dont l'affichage sera visible par le client et le caissier vont être mis en place et des formations intensives permettront aux caissiers de ne pas hésiter ", souligne Armand Lombard.
Une seule solution : se préparer
Dans tous les secteurs du commerce, le travail de sensibilisation initié par les syndicats, la CCI Nice Côte d'Azur et la Chambre des Métiers bat son plein." C'est vrai que les institutionnels nous aident à tous les niveaux de la préparation mais on assiste de plus en plus à un tournant important du métier de commerçant. Désor-mais, nous avons de plus en plus de challenges à relever et devons être de véritables chefs d'entreprises, dit Patrick Fleury. Certains manquent de temps pour tout mener de front".
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L'opération "Emissaires Euro"
La CCI Nice Côte d'Azur organise début septembre 2001 une opération " Emissaires Euro " à destination de l'ensemble des commerçants du département et plus précisément des TPE.
Ce partenariat mené entre l'Euro Info Centre de la CCI Nice Côte d'Azur et des professeurs de BTS d'action commerciale, a pour but d'initier plus de 5000 commerces de centre-villes à l'euro.
100 jeunes diplômés de BTS sont chargés d'informer et de former sur place, à l'aide de plaquettes explicatives et en répondant aux questions, les commerçants qui n'auront pas pu se rendre aux réunions d'information ou à un atelier de sensibilisation. Les étudiants ont été formés par la CCI pour cette mission, ils collecteront les demandes plus techniques qui feront l'objet de réponses adaptées.
Les commerçants sont par ailleurs informés de l'existence à la CCI d'une "hot line" spécialisée Euro (coordonnées ci-dessous). La visite des entreprises s'effectue
pendant 10 jours en septembre.
Des renseignements précis sur l'Euro ?
Contactez la hot-line spéciale Euro de la CCI Nice Côte d'Azur
04 93 13 74 68
de 9 h 00 à 12 h 00
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"Plutôt vivre l'euro comme une opportunité"
À quelques semaines du passage à l'euro, le nouveau directeur de la Banque de France à Nice fait le point.
"Il faut renforcer la sensibilisation des commerces de proximité, des artisans et du grand public. Pour mieux faire passer l'information, nous avons choisi 3 niveaux d'intervention :
- L'insertion d'information dans les médias locaux.
- La création de fiches pratiques que nous comptons diffuser grâce à la mise en place d'un réseau de partenaires tels que la CCI Nice Côte d'Azur et les banques.
- La formation de formateurs relais chargés à leur tour d'instruire d'autres personnes.
Désormais, souligne Bernard Tedesco, on passe en phase pratique. Les messages que souhaite faire passer la Banque de France sont clairs. Premièrement, les commerçants doivent dès maintenant se préoccuper de leurs appareils de lecture de Carte Bleue ou de chéquiers pour vérifier leur compatibilité ou non à l'euro et, le cas échéant, procéder à leur changement.
Deuxièmement, les commerçants et les artisans peuvent se renseigner auprès de leur banque sur la possibilité de pré-alimentation des fonds de caisse en euro. Des pièces et des petites coupures seront disponibles dès le mois de décembre.
La Banque de France a mis au point un dispositif très intéressant permettant de calculer le fonds de roulement idéal en euros à partir du chiffre d'affaires quotidien. À partir de cette grille, les professionnels pourront connaître exactement leurs besoins et réserver leurs fonds de caisse.
Troisièmement, et c'est sans doute le point le plus important, les professionnels ne doivent pas, par manque d'information ou par facilité, convertir à la hausse.
Dans le cas contraire, estime le directeur départemental, la sanction du public ne se ferait pas attendre. Si les prix convertis apparaissent peu praticables, mieux vaut réfléchir au conditionnement du produit ou du service ajoute-t-il, plutôt que d'être tenter par un arrondi excessif. Et, conclut-il, à condition d'éviter cet écueil, l'euro représente une réelle opportunité pour tout le monde.
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