
Alors, euro ?
Entré officiellement dans les portes-monnaies, l'euro a connu un succès… franc. Rencontre avec les directeurs de la Banque de France de Nice et de Cannes, qui font le premier bilan à l'heure de la disparition du franc des porte-monnaies.
Quel est le bilan azuréen du passage à l'euro ? Y-a-t-il eu des problèmes au niveau des approvisionnements ? Au niveau du change ?
Bernard Tedesco (directeur de la Banque de France de Nice):
Les choses se sont bien passées dans les Alpes-Maritimes. Les grèves des banques et des transporteurs de fonds n'ont pas perturbé le déroulement des opérations. Dès le 2 janvier, les distributeurs étaient opérationnels dans leur grande majorité. Je dois d'ailleurs avouer que l'extrême facilité avec laquelle tout le monde a basculé à l'euro a dépassé les prévisions les plus optimistes.
Christian Jacques Berret (Directeur de la Banque de France de Cannes) :
Le passage s'est passé dans de très bonnes conditions en dépit de quelques petits énervements ponctuels. L'afflux de monde dans les banques a surpris un bon nombre de professionnels. Cela est bien la preuve que la population s'est appropriée cette nouvelle monnaie.
On a observé dans le département des files d'attente et des refus de change de la part des banques? Comment expliquez-vous cela ?
Bernard Tedesco: A partir du 3 janvier, nous avons constaté une forte affluence aux guichets. Nous l'avions prévu mais c'est une chose de le prévoir et une autre de le vivre. C'est ce pic d'affluence qui a provoqué les mesures restrictives prises alors par certaines banques de refuser le change. Mais, il ne faut pas confondre des mesures ponctuelles prises dans un contexte exceptionnel et le fait que les établissements bancaires dans leur majorité ont joué le jeu. Les règles de change n'ont pas varié. Je me permets de les rappeler : jusqu'au 30 juin 2002, le change est encore possible dans n'importe quelle banque sous certaines conditions.
À partir de cette date, seule la Banque de France acceptera de changer les billets en francs pendant 10 ans et les pièces de monnaies pendant 3 ans avec le Trésor Public. Le public a donc le temps pour échanger ses francs.
Vaut-il mieux déposer des francs sur son compte et tirer des euros ou changer des francs contre des euros?
Bernard Tedesco: Le fait de déposer les francs sur son compte et de tirer ultérieurement des euros est une recommandation de bon sens lorsque les sommes sont importantes.
Christian Jacques Berret : Il est effectivement imprudent de se présenter avec des sommes d'argent importantes à la banque et, a fortiori de repartir avec. On a vu des clients venir se présenter au guichet avec plus d'un million de francs en liquide et demander le change !
A-t-on observé sur la Côte d'Azur une augmentation des prix liés à l'euro ?
Bernard Tedesco : en tant que consommateur, je ne peux pas nier cette réalité. Mais l'indice des prix à la consommation est maîtrisé. Nous vivons désormais dans une économie internationale. On ne peut pas faire ce que l'on veut. Si les prix sont libres, chacun doit tenir compte du pouvoir de la concurrence et des consommateurs.
Il faut également savoir que les particuliers vont très vite redécouvrir les prix. Il serait dommage après avoir si bien réussi le passage à l'euro de rater celui des prix.
Christian Jacques Berret : L'augmentation a surtout été visible sur les petits prix, car il est vrai qu'une augmentation de 10 ou 20 centimes pour ajuster les conversions se traduit tout de suite par une augmentation en pourcentage de 10 ou 20 %.
Bien entendu nous n'avons pas observé de réaction pour les conversions à la baisse ! En tout état de cause, la compétition sur les prix va désormais se faire sur l'ensemble des 12 pays de la zone euro. L'ajustement va se faire naturellement.
Qui profite le plus de
l'arrivée de l'euro ?
Bernard Tedesco : Le 1er janvier, l'euro a pris son corps et son visage. Mais cette date n'est qu'un point de départ. Cette monnaie est un élément de protection puissant qui va contribuer à la construction d'une identité et un d'espace économique commun. Plus pragmatiquement, l'euro favorisera peut-être un changement de mentalité de nos moyens de paiement. Il faut savoir, en effet, que la France est le pays de la zone euro qui utilise le moins les pièces et les billets. L'euro sera peut-être l'occasion de changer ce phénomène.
Christian Jacques Berret : L'euro va profiter au consommateur. Il lui sera plus facile de comparer les prix des produits et services. Pour notre département frontalier et très touristique, cela ne peut que rassurer le consommateur qui va avoir maintenant une référence commune.
La monnaie unique ne va-t-elle pas révéler pour les investisseurs les différences de politique sociale et fiscale des pays européens ?
Bernard Tedesco : Il serait incorrect de se focaliser uniquement sur les aspects fiscaux et sociaux d'un pays. Les investisseurs doivent prendre en compte toutes les variables d'une équation : la situation politique et géographique d'un pays, ses infrastructures, son système éducatif et effectivement le niveau des salaires, des charges et de la fiscalité. Il s'agit donc de maximiser une équation à plusieurs variables et ne pas se focaliser sur un seul point.
Christian Jacques Berret : L'économie précède souvent les grands changements. Nous devrions voir apparaître dans les prochaines années un début d'harmonisation fiscale et sociale dans les 12 pays utilisant l'euro.
 
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